J'écris désormais sur mon cahier.
Mais ma galerie reprend les z'amis.

# Posté le mercredi 04 mars 2009 06:20

Modifié le vendredi 09 octobre 2009 13:49



JOHNNY CASH - Hurt



Je suis un fantôme. Ils le disent & le pensent tout haut. A. on te voit à peine. Je suis désolée, je n'arrive plus à trouver mon compte ici. Il y a trop de bruit, trop de mensonges, & de non-dits. Maman tu es malade, Papa un peu moins, Gamine tu te mens, quant à toi Gamin tu passes à côté de quelque chose. Je ne veux plus être témoin de tout cela.

Je pourrais vous dire, je veux dire à haute voix, ce qui va suivre, mais Maman c'est toi qui m'a dit que tu savais que je te cachais des choses affreuses mais que tu étais bien dans ton déni. Que t'étais déjà assez malade comme ça. Alors moi j'accepte, j'accepte.

Ce que je cache n'est pas tant affreux que ça, tu ne feras pas d'attaque si jamais un jour tu tombes là dessus. Tu voudrais savoir ce que je fais de mes journées & de mes nuits quand je ne suis pas ici. Je marche beaucoup Maman. J'apprends à regarder l'architecture des maisons, le visage des enfants, j'apprends le chant des oiseaux, la teinte du ciel, les odeurs du bus. De temps en temps, je m'arrête sur un banc & je retranscris tout dans mon cahier bleu. D'ailleurs, ce cahier, je l'ai jamais caché, il est souvent en évidence dans ma chambre, mais je crois que tu n'as jamais eu la curiosité d'aller le feuilleter. C'est pas des merveilles, mais quand même. Ces lignes me tiennent à coeur. Parfois je le rejoins lui. Je sais que tu ne le connais pas. Je ne parle pas souvent de lui. Il n'a pas sa place ici de toute façon. Tu n'es pas du genre à t'intéresser aux gens. Je le laisse à sa place, même si j'aimerais le voir flâner plus souvent sur ma couette, le laisser découvrir ma chambre trop colorée & trompeuse. Qu'il pose le doigts sur les livres de ma bibliothèque. Donc je le rejoins & je l'embrasse. Il m'embrasse plus souvent que je ne le fais. On a nos coins en ville, notre banc, nos marches enfin des repères. On se fait souvent aborder tu sais Maman. Certains lui disent que je suis jolie, qu'il faut qu'il me garde, ça me met mal à l'aise. Ils ne me connaissent pas.

Quand la nuit tombe, nous allons au centre commercial acheter des canettes de bière. Je ne saurais pas te donner de chiffre, combien de bières depuis que l'on se connait? On a bu de la Vodka aussi une fois. On ne refait pas le monde, on se souvient. On parle sans arrêt du passé, j'ai l'impression d'être folle parfois. Y'a eu le bar aussi l'autre fois. La musique défile plus vite quand l'alcool monte au crâne Maman. Je te le dis, car je suis sure que tu l'ignores. On rate toujours le dernier bus. Je ne sais pas si c'est fait exprès. Mais les quais la nuit c'est quand même jolie. Ah y'a la prison avant ça, chaque fois on y retrouve quelque chose à dire. Sur le suicide, l'enfermement & les prostitués. Parfois je le quitte en bas de chez lui. J'ai le droit à quelques ennuis. C'est évident, sans te le dire tu te doutais que je me faisais emmerder dans ces putains de quartiers à la con, en plein milieu de la nuit, je suis jamais assez couverte & puis j'ai des seins & des hanches, ça change tout, pour tout le monde. Parfois je monte avec lui.

Tout au long de la journée, on a fumé. Je m'amuse à compter, mais entre nous, ce n'est pas très amusant pas vrai? J'aime bien l'odeur de ses draps. Nous faisons l'amour. A défaut de nous faire la guerre. Samedi dernier maman, nous n'avons pas dormi de la nuit. Aujourd'hui chacun de mes os me le fait payer.

L'aube allait bientôt pointer son nez. J'allumais ma neuvième cigarette, lui sa quinzième. Il était torse nu, avec ses lunettes. J'étais en petite culotte. Il y a de la fumée dans sa gorge, dans la mienne & lorsque les deux ressortent, elles se mêlent, tendrement. J'ai sorti mon cahier bleu & je lui ai lu quelques pages. Au moment de me rhabiller il m'a attrapé dans ses bras.

J'aime jouer à Roméo & Juliette, quand c'est moi le Roméo.

Je repars en fumant. Je place les écouteurs de mon MP4 dans mes oreilles, la musique est si forte que je n'entends plus rien de ce qu'il se passe à l'extérieur, alors je chante.
Tu vois Maman, c'est pas si affreux, tout ça.


# Posté le lundi 02 mars 2009 09:52

Modifié le lundi 02 mars 2009 11:12

Le Coin Lecture.

Le Coin Lecture.
A FINE FRENZY - Almost lover



HEROÏNE

par Ann Scott, 4¤80



"Une jeune femme de 35 ans - la narratrice - décide de renouer avec Inès, 22 ans. Cinq ans plus tôt, elles ont vécu une aventure brève et passionnée, une rencontre physique d'une violence rare. Irrésistiblement attirée par Inès, la narratrice comprend au fil de cette étrange 'relation' qu'elle est accro. Accro à en perdre son identité, à s'exprimer à la deuxième personne du singulier. Et peu à peu, elle se perd dans la confusion de ses sentiments."


Mon avis :
Cela a beau être une histoire entre femmes, je n'ai pas eu l'impression de lire un roman lesbien. Leur relation est absurde, ne dure pas mais la narratrice s'accroche, ne veut pas réaliser, faire face. L'auteur nous raconte extrêmement bien la descente aux enfers pourtant douce de cette femme éprise d'une droguée. D'ailleurs nous ne saurons jamais le pourquoi de cet amour, de cet attachement. La narratrice est attachante. Les mots sont simples mais le style très efficace. La mise en page par paragraphes courts facilite la lecture. Il y a des passages impressionnants. Mon coup de coeur reste le chapitre 34. La fin laisse en suspend cependant & le récit à la 2ème personne du singulier peut gêner. L'atmosphère du roman déborde de tristesse, est contagieuse & fait réfléchir. Je suis envoutée.




Certains l'ont lu? Avis? Votre lecture du moment?

BONUS : #

# Posté le mercredi 25 février 2009 13:04

Modifié le samedi 28 février 2009 03:27

Il faut à tout prix, me trouver une guérison séduisante.

Il faut à tout prix, me trouver une guérison séduisante.
RENAN LUCE - Nuit Blanche




Je n'ai plus envie de faire la différence entre amour & démence. Comment est-ce que l'on fait pour se suicider parfaitement? Bah j'en sais rien moi, regarde, vas-y regarde dans les livres de cuisine on sait jamais. Quelque fois que t'y trouve une réponse. Personne n'a osé l'écrire quelque part. Jamais. Suicide parfait, marche à tous les coups. Choisissez un degré de souffrance s'il vous plait. Non mais de qui on se moque? & puis à la fin de la page on verrait quoi, "Le meilleur reste à venir" peut être? Moi je préfère traverser les rues sans regarder à droite & à gauche. Si jamais une voiture roule un peu trop vite, quelque fois qu'elle ne m'ai pas vu ou qu'elle n'ai tout simplement pas envie de me voir, ça m'est égale. Il n'y aura jamais comme dans les films, quelqu'un sur le trottoir pour hurler mon nom. En insistant sur le "i", en insistant pour que ça me sorte de mes rêveries. Mais putain, tu ne fais jamais attention? Attention, attention à quoi? Aux voitures peut être non? Ah, en fait à ma vie tu veux dire? Non y'a longtemps que j'y fais plus attention à cette machine, elle m'encombre. T'imagine la gueule du môme qui s'est péter les cordes vocales, une fois que je lui aurait sorti ça d'un air évidemment trop détaché pour qu'il pense à la blague, l'ironie.

Je réessaye.
Le vent devient violent. Il y a cet air dans mes tympans qui insiste, qui insiste lourdement.

( ... )

Mais même les bus ne sont pas aveugles.


# Posté le dimanche 22 février 2009 15:58

Modifié le lundi 23 février 2009 12:53